Les salles de consommation de drogue à moindre risque

Le dernier numéro des "Cahiers Droit, Sciences et Technologies" publie un dossier thématique en open access, dirigé par Laurent Rousvoal, tiré du colloque interdisciplinaire sur les salles de consommation à moindre risque.

Couverture CDST 10/2020
  1. Présentation
  2. Sommaire du dossier thématique
  • Sous la direction de Laurent Rousvoal, maître de conférences (IODE UMR CNRS 6262)

Présentation

Une loi du 26 janvier 2016 a autorisé l’expérimentation de salles de consommation de drogues à moindre risque (SCMR). Le but est de réduire les risques liés aux pratiques des usagers de drogues, au niveau de l'usager comme de la collectivité, en termes de santé publique comme d’ordre public. Inédit en France et très controversé, le dispositif, prévu pour une durée maximale de six ans, donnera lieu à une double évaluation scientifique afin notamment d’en déterminer la pérennisation. C’est dans ce cadre nouveau que deux espaces de ce type ont d’ores et déjà été ouverts à Paris et Strasbourg à l’automne 2016. La France rejoint ainsi un mouvement international qui s’affirme progressivement, notamment dans plusieurs de nos voisins européens et au Canada.

Cependant, cet approfondissement de la politique de réduction des risques en matière de drogues s’articule difficilement avec le modèle premier et dominant : le modèle prohibitionniste. Reposant notamment sur la liaison de la répression et de la médicalisation de la consommation de stupéfiants, celui-ci poursuit un objectif autrement radical : l’éradication des drogues.

La controverse ne se réduit pas à la confrontation des SCMR au modèle prohibitionniste. Les débats procèdent également de l’ambivalence intrinsèque du dispositif considéré. Présenté comme pragmatique et humaniste, le dispositif est autrement complexe : il peut être lu comme l’avatar d’une approche gestionnaire des problèmes sociaux.

Les SCMR posent donc des problèmes épineux que seule une approche pluridisciplinaire permet de poser. Parallèlement, elles sont au cœur de problématiques transversales qui les dépassent en même temps qu’elles les cristallisent. Les SCMR sont ainsi non seulement un objetde recherche mais encore un anglede recherche. Leur genèse retracée, ces deux logiques doivent être envisagées à plusieurs voix : suret parles SCMR.

Faisant suite à un colloque pluridisciplinaire et international organisé dans cette perspective, à Rennes, les 7 et 8 novembre 2017, par l’UMR CNRS IODE, le présent dossier n’en est que l’écho partiel. Le choix a été fait de le concentrer sur les questions tenant aux principaux acteurs de la vie quotidienne d’une SCMR : intervenants en réduction des risques, usagers, riverains. Cette évocation est précédée de deux articles envisageant le dispositif de manière globale et suivie de trois contributions qui dépassent la seule question des SCMR pour, à partir d’elles, réfléchir à ce que peut vouloir dire (et faire), aujourd’hui, la notion d’autonomie.

Consulter le dernier numéro Cahiers Droit, Sciences et Technologies, n° 10, 2020 (open access)

 

Sommaire du dossier thématique

  • Laurent Rousvoal, Avant-propos
     
  • Marie Jauffret-Roustide, Entre limites du modèle prohibitionniste et résistances à la politique de réduction des risques. L’exemple des salles de consommation à moindre risque
     
  • Renaud Colson, De la prohibition des drogues à la réduction des risques liés à leur usage. Note prospective sur une antinomie juridique
     
  • Matthieu Develay, La responsabilité des intervenants. Un éclairage juridique
     
  • Hélène Chéronnet, Les salles de consommation à moindre risque : un déplacement des frontières entre normaux et stigmatisés ?
     
  • Catherine Simon, L’usager, institué, acteur
     
  • Pauline Le Monnier de Gouville, Responsabilité(s) et responsabilisation des usagers. Un éclairage juridique
     
  • Éric Moser, Les riverains, nécessité et difficultés d’une collaboration
     
  • Marc-Henry Soulet, Consommateurs et… autonomes. Conditions de possibilité et effets induits
     
  • Astrid Hirschelmann, Autonomie personnelle, principes et limites. Le point de vue d’une psychologue
     
  • Florence Bellivier, Autonomie personnelle, principes et limites. Le point de vue d’une juriste