Thomas Feigel

Doctorant

Thomas Feigel

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Axe de recherche au sein de l'IODE

Théorie et histoire des systèmes juridiques

Thématiques de recherche

  • Droit romain
  • Philosophie du droit
  • Histoire de la rhétorique

Thèse

Contra naturam. Étude sur l’argumentation radicale en droit romain, sous la direction de Nicolas Cornu Thénard

Résumé :
L'expression contre nature est encore fréquemment employée aujourd'hui sous le couvert d'un argument déguisant avec peine une injure. Apulée la qualifiait de même, une iniuria, quoique son sens était plus porteur qu'aujourd'hui. L'iniuria est une négation (in-) du ius, c'est-à-dire du droit. La contre nature a vocation à blesser celui qui la subit. C'est un coup porté à l'honneur, à l'intégrité physique ou morale du sujet qu'il soit un homme, un animal, un argument. Aussi, rares sont ceux qui seraient prêt à s'affubler eux-mêmes d'un pareil qualificatif. Le sobriquet est toujours prononcé par un autre. C'est un mauvais cadeau, un fardeau qui se reçoit et qui marque d'un trait indélébile une chose désormais malade, monstrueuse ou du moins suffisamment différente par rapport à ses pairs pour justifier son éviction du groupe.
Lorsque les jurisconsultes romains s'interrogent sur une institution telle que l’esclavage, ou sur une clause étrange dans un contrat, un comportement jugé déviant, ils recourent volontiers à ces deux mots. La contra naturam peut alors servir de fondement à une règle de droit ou une décision de justice. L'enfant « monstrueux » en particulier, alimente la controverse chez les Prudents. Quel degré d'écart avec la nature humaine est nécessaire pour qualifier un corps comme monstrueux ? Quelle capacité juridique attend celui qui est désigné ainsi ? La contra naturam est en ce sens porteuse d'une valeur normative. Et sert un propos : exclure tout ce qui est prétendument contraire à l’ordre naturel des choses. Elle présente une vertu remarquable, puisqu’elle permet d’envisager par une réflexion a contrario, ce que chaque interprète juge constitutif du droit naturel. C’est à l’histoire de cet argument que ce projet de thèse voudrait se consacrer.
Elle suppose avant tout un examen des sources scientifiques, philosophiques et rhétoriques grecques. Leur analyse permettra d’identifier, parmi les écrits fondateurs de la pensée naturaliste, ceux qui désignent les infractions à la nature elle-même. Et au même titre que l’on peut dénombrer plusieurs doctrines du droit naturel, peut-être sera-t-il possible d’identifier plusieurs interprétations de la contre nature : la pensée d’Aristote, celle des stoïciens ou celle des épicuriens ne désignent pas nécessairement la même chose ; un état des lieux des doctrines fondamentales serait utile à cet égard.
Il faudra ensuite examiner comment, suivant quelles étapes et à quelles fins l'argument a pu s’insinuer dans la pensée juridique romaine. En établissant, en premier lieu, si la contre nature apparaît dans les documents les plus anciens, avant que les savoirs grecs ne soient adoptés par les romains au IIè siècle avant notre ère. Puis en parachevant la recherche initiée en cette matière sur le droit romain classique : l’ensemble des occurrences déjà étudiées devront être remises en perspective, à la lumière des théories grecques. Et cet effort devra être poursuivi pour la période post-classique, en s’interrogeant sur l’influence du christianisme naissant sur le recours à la contre nature. La pensée chrétienne ayant considérablement renouvelé la doctrine du droit naturel, il est possible qu’elle ait également entraîné un usage différent pour la contra naturam. Il conviendra de mener sur ce point un examen comparé des écrits des Pères de l’Église, des textes philosophiques, et de la doctrine juridique jusqu’aux compilations de Justinien.
Parvenue à ce stade, l’étude aura mis en lumière les fondements antiques de cette argumentation et circonscrit les textes qui en sont le reflet. Il restera à en examiner la réception. Car à partir de leur redécouverte à la fin du XIè siècle, les compilations de Justinien ont fait l’objet d’interprétations originales. Le regard que la doctrine savante, celle des glossateurs et des commentateurs, a porté sur l’ensemble des textes mentionnant la contra naturam sera l’ultime piste à explorer. Il faudra apprécier ici, l’influence du renouveau de la philosophie aristotélicienne et du développement du droit canonique. Cette inspiration nouvelle a peut-être conduit à envisager autrement le droit romain de la contre nature ; c’est ce qu’il faudra établir en dernier lieu.

Mots clés : 
Droit romain, contre nature, ius naturale, stoïcisme, aristotélisme, droit canonique, glossateurs, commentateurs.

Abstract :
Since Ancient Greece, the expression “against nature” is sometimes used to convey disapproval in certain situations. When Roman jurisconsults examined slavery as a legal framework or such issues as surprising physiological defects in newborns, a peculiar clause in a contract or behaviours or ideas considered deviant or unacceptable, they would readily use it.
Contra naturam can thus lay the foundation for a rule of law or a court decision. The child deemed “monstrous” especially fuels controversy among the Prudents. When does one body become monstrous when set against the backdrop of  “against nature”? What would be the turning point? Could the father of such a monstrous being, so deemed, still legally recognize his child? Could there still exist a claim to inheritance? Would the child one day be able to take legal action? In this way, contra naturam convey a normative meaning. Indeed, it serves a purpose: excluding everything that is allegedly contrary to the natural order of things. It has a remarkable quality as it allows, by contrast, to shed a new light on what each interpreter judges as being part of natural law. The aim of this thesis project is to revolve around the history of this argument.
The very first step is to peruse the original greek sources, whether they be medical, philosophical or rhetorical. In doing so, among the founding works of naturalist thinkers, it will be possible to isolate those which deal with offense to nature itself. In the same fashion there exists several doctrines when it comes to natural law, there may be a way to identify various interpretations of contra naturam. Indeed, Aristotle's school of thought, the stoics' or the epicureans' might not refer to the same thing. That is why a survey of the main doctrines would prove very helpful.
Then it will be time to examine how, in what steps and why the argument made its way into Rome's legal circles. In the first place, it will be necessary to establish whether the concept of “against nature” appears in the most ancient roman texts, before greek knowledge was widely adopted in IInd century BC Rome. Then while completing prior research on classical Roman law, all the references to this argument will have to be put in perspective and set against greek theories. The same amount of careful research will be applied for the post-classical period, while pondering the influence of nascent christianism on the use of the concept of “contra naturam”. The christian school of thought has altered the doctrine of natural law and it may have given birth to a different understanding. It will also be unavoidable to undertake a comparison of the works from the Church Fathers, as well as philosophical, law doctrine texts and Justinian’s compilations.
At this point, the study will have highlighted the ancient founding principles of this argument and isolated the texts reflecting them. Only their reception will remain to be examined. Since they were rediscovered at the end of the XIth century, the compilations of Justinian have been subjected to new interpretations in the course of the Middle Ages. Therefore, the ultimate avenue to explore will be the scholar’s doctrine, the glossators’ and the commentators’ reaction to all the texts dealing with “contra naturam”. In doing so, it will be mandatory to ponder the influence of the rebirth of aristotelian philosophy and the development of Canon law on this very concept. This new inspiration may have led to shed a new light on Roman law for the “against nature” expression which is a decisive factor for western legal institutions. Given its significance, it will be the last point to establish.

Keywords :
Roman law,  “against nature”, “unatural”, ius naturale, stoicism, aristotelianism, Canon law, glossators, commentators.

Enseignements

2013-2014 :

  • TDs Histoire des sources du droit, Rennes 1 (Pr Nicolas Cornu Thénard)
  • TDs Histoire du droit constitutionnel, Angers (Pr Marc Bouvet)